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dimanche 18 septembre 2016

Dialogue!

  
Parc de la tête d'or, le 5 sept 2016. Photo perso.



 La décision est prise, l’été fait ses valises. Il y range les maillots de bain, shorts, tongs, etc… et les parasols, nattes de plage et autres effets dans le placard qu’il ferme à double tour en attendant de réapparaître, du moins c’est ce qu’il envisage.
– Toc, toc ! entend-il à sa porte, qui peut encore le déranger ?
– Qui est là ?
– L’automne.
– Mais tu es en avance !
– Je le sais, juste un passage, une visite, la bande-annonce pour ma venue prochainement, tu le sais, c’est le 22 septembre à 14 h 01 au temps universel, le mien, sinon à l’heure locale,  il sera 16 h 21!
– Hum ! tu peux poser tes valises dans le hall, Firmin, les portera dans la bagagerie.
  Peut-être puis-je rester quelques jours, nous bavarderons de la transition et du climat que nous proposons à l’orange bleue, comme dit le poète.
– Oh ! j’ai encore à faire, quelques rayons de soleil qui traînent à déposer, une dernière douceur. Installe-toi là-bas près de l’âtre, Firmin allumera une flambée.
 L’automne ne se fit pas prier et posa son âme sur le rocking-chair du temps que l’été finisse ses bagages.
 L’été remplissait des malles, il avait commandé, sur la ligne d’aérociel, son billet pour l’hémisphère Sud.

B.Cauvin©17/09/2016


lundi 23 mai 2016

Chevelure!

  


 Sur les rives du Rhône, une jeune fille se promène, elle passe. Sa chevelure d’or posée sur ses épaules.
 Éole, facétieux se met à souffler très fort, si fort qu’il est comparable à une turbine d’un banc d’essais de la Royale.
 Son visage ne bronche pas, pourtant avec la force de ce vent il aurait dû faire moult grimaces plus enlaidissantes les unes que les autres.
Non le visage restait lisse, beau, tendre, plein d’amour !
 La chevelure se soulève tout en délicatesse, s’agite, s’étire, s’étire à n’en plus finir.
 Je remarquais de la poussière qui s’en évadait, je regardais au plus près, ce n’était pas des poussières, ni des parasites, je me trompais sans doute.
Le regard comme une loupe, et s’envolaient des lettres, elles s’évadaient de la pensée de la jeune fille. Semé au vent comme la Semeuse jettent à la volée des graines de semences.
 Sortent à la pointe des mots qui s’écrivent sur le tableau bleu du ciel. Amour, love, amor, tendresse, bisous, câlins, caresses, bonheur, joie, peine, pleurs…
Oh ! Là, Racine qui écrit ses vers…
Et Shakespeare qui lui répond, « Être ou ne pas être »… Rodrigue as-tu du cœur… arrive Corneille !
Encore et encore, le bateau ivre, le dormeur du val, les mains dans les poches, on est pas sérieux quand on a dix-sept ans, et la bonté qui s’en allait de ses choses, Verlaine passe sous le pont de l’Université… Parmi les arbres en bourgeons le noir de la locomotive à la retraite…arrive du Japon..
 Passent, glissent comme un peigne dans cette chevelure dorée, la poésie du monde.
B.Cauvin©23/05/2016


jeudi 26 novembre 2015

Le vent et les pédales.




  Que la musique est belle en sortant du cœur, de celui de l’âme de son auteur.
  Que savons-nous des premières notes, sorties d’un coquillage par l’homme, cet être étrange qui émergeait sur terre.
 A-t-il attendu de maîtriser le feu, pour qu’un soir, dans sa grotte avec sa tribu, il entonne une mélodie. Mélodie qu’il transmettra à force de répétition. Un autre aura gratté deux morceaux de bois et une harmonie prenait vie.
  Peut-être en fut-il ainsi… ou pas !
  Peut-être, en entendant les animaux sauvages, les oiseaux, répétait-il leurs cris, chants.
  Mais le chant de la nature l’a profondément inspiré. Celui du vent dans les arbres, le bruissement des feuilles, les premières symphonies que l’homme entendit.
   Un jour, le souffle léger, une caresse, ce souffle léger du vent faisant tomber les pétales des fleurs. Elles ressemblaient à des notes de musique, celles que nous connaissons. Mais à l’époque, c’était l’inconnu. Le poète, devant ce spectacle illuminant son regard, ramassa les pétales, les posa sur une feuille de parchemin. La feuille d’un jaune pâle se mit à rosir de la tendresse qui se posait sur elle. Ne voulant pas être de reste, elle souligna ses trames horizontales. Les pétales s’accrochèrent sur les fils du trapèze et commencèrent à danser.
  Le vent, joyeux, se glissa dans la texture. Un chant mélodieux s’envola vers les cieux.
   Le poète, malin, emprisonna sans son grimoire  le souffle du vent et les pétales de fleurs.
  De hameaux en villages, de villages en bourgs, de bourg à la cité, il parcourait le monde. Il ouvrait son livre et distribuait les plus beaux chants qui soient.
 Chaque jour, le long de son voyage, le vent, les fleurs se déposaient dans le livre. La musique devenait de plus en plus riche, variée, elle se nourrissait des nouveaux arrivants.
 Regardez bien la portée, dit le poète, et les pétales se mettent à danser avec le fils d’Éole comme complice, il glissait dans la trame des feuilles et semait la transe.

B.Cauvin©24/11/2015






dimanche 22 novembre 2015

Bises





 Bien avant l’invasion des Hommes, elle pinçait déjà!
Je l’imagine comme aujourd’hui, expirer à pleins poumons et envoyer son souffle vers le sud.
Aujourd’hui, elle suit toujours le fleuve, elle passe les remparts de la ville, ville pas encore debout à l’aube de la vie terrestre. Sans combattre, sans reddition, elle s’engouffre dans les faubourgs. Elle cingle les visages, fait couler les yeux, pleurer les narines au nez rougi.
 Pourtant, son joli nom caresse nos joues sous les baisers. Elle se montre désagréable, piquante en cette saison. Nous ne voulons pas lui parler, pas envie de l’aimer, juste accepter son chant dans les interstices des fenêtres ou des portes.
 Les mains, nous les gardons dans les poches, comme lors de nos 17 ans, on n’est pas sérieux quand on a 17 ans, dit le poète.
 Elle pique les visages, les mains, le sérieux semble nous habiter et, pourtant, nous avons les mains dans les poches.

 Bise, nous ne te saluons pas.

B.Cauvin©21/11/2015

jeudi 29 octobre 2015

L'âme vagabonde!





  L’été avait déposé toute sa chaleur sur les pierres des statues perdues aux faîtes des bâtiments. Statues et gargouilles se regardent plus ou moins tendrement.
  La douceur de septembre se lisait dans leurs regards. Les feuilles de l’automne, emportées par le vent d’octobre, caressaient les visages de pierre, les corps immobiles frémissaient dans l’assaut d’Éole.
  Cela n’était pas encore la bise glaciale, piquante, mais plutôt le vent d’Albion avec ses perles fertilisantes sur terre, bonheur du laboureur.
  Les gargouilles aux bouches de dragon, aux têtes d’aigles, à l’aspect de démons, elles déversaient leur trop-plein d’humeur chagrine sur les passants.
  Les statues chimériques n’étaient pas de reste, tremblantes comme les branches des arbres, laissant passer leurs chants plaintifs et sifflants autour d’elles.
   Plaintes que peuvent percevoir, ceux qui en sont à l’écoute. Ils lèvent leurs pensées vers elles, regards tout aussi admiratifs que craintifs.
  Ils savent, comme les enfants, que, bientôt, il va se dérouler l’inévitable tremblement de la matière. De cette matière, malaxée, durcie, surgie du tréfonds des entrailles de la terre, sculptée, assemblée, déposée pour orner les constructions que les hommes ont élevées.
 Ils guettent l’instant précis qu’il ne faut pas rater. Temps intemporel qui ne dure que le moment d’un regard. Les gargouilles ont fini de pleurer, les statues fantomatiques de trembler.
  C’est le moment du cœur de la nuit, de cette nuit, pas une autre, celle-là où, rejoignant la main de l’homme, la matière pétrifiée prend forme de vie.
  Elle se libère. Les démons, les aigles, les dragons s’agitent. Les statues, chimériques, angéliques, en leurs vaisseaux prennent vie.
 Les unes s’envolent au-dessus des rues abandonnées de toutes âmes vivantes, les autres  déambulent  sur les toits, glissent le long des murs et défilent sur le macadam.
  Doubles expositions du temps qui passe. Petites secondes aux heures longues pour ce bal de nos ornements. Longues heures en quelques secondes par le vivant des protagonistes.
  Cette nuit affairée où le vivant s’immobilise et la matière devient vie, s’agite, dégourdissement des membres trop longtemps liés.
   Période de l’entre-deux, résonnance du carillon sonnant le cœur de la nuit. Bascule d’un jour à l’autre, d’un mois à l’autre, d’une année à l’autre, qu’importe ce moment. Cette période est une expérience que seul l’âme éveillée en perçoit la beauté théâtrale.
Bernard Cauvin©29/10/2015

Merci à l'auteur-e de ce gif.



mercredi 27 mai 2015

Jours du petit Jean!



  Qu'importe la météo de cette journée, de ces journées.
  Au sortir de l'hiver rigoureux de 1954. Jean allant vers ses 7 ans, il fréquente l'école primaire de son village, un bourg chef-lieu du canton. Un bourg comme tant d'autres dans la France rurale.
 Peu de voitures, le car passe deux fois par jour entre la sous-préfecture et une ville régionale. Sur les hauteurs attenantes, jean admire la cime enneigée du mont blanc, bien trop loin pour y partir en randonnée. Il est imposant et petit à la fois, un point blanc très haut à l'horizon et encore, il n'est visible que les jours au ciel bleu sans nuages, c'est sans doute cela qui attire le regard du jeune garçon. Plus au nord, il y a la barrière des Vosges, plus proches, mais tout aussi inaccessibles.
 Il rêve, le petit jean, il rêve devant la tour du château moyenâgeux, une époque bien lointaine pour lui.
 La corneille vient se poser sur son épaule, il caresse sa tête, lui parle, il se souvient du jour où il demanda à son père si il pouvait avoir cet oiseau à la maison, oiseau qui le fascinait. Son père attrapa un oisillon qui fut nourri au pain imbibé de lait, cela, il s'en souvient.
 La corneille est chez elle, elle dialogue avec Jean. Un concours de "Tia", chaque matin au moment de la toilette au-dessus de l'évier, il rit, s'en amuse, l'oiseau, dont sa mère ouvre la cage, prend son envol et va jouir de la vie dans l'éther du village, elle revient quand le désir s'en fait sentir, le soir surtout où elle retrouve son nid.
 Parfois, de retour des travaux aux champs ou dans des fermes voisines, la corneille restée à la maison répond aux "Tia, Tia, Tia", lancée par sa mère et arrive vers eux, se pose sur l'épaule de sa mère pour le revenir à l'habitation.
 Jean rêve, il rêve dans la classe de l'école, peut-être que les premières lectures, sans doute celle qui parle d'un petit oiseau, en est  le déclencheur pour l'adoption de la corneille. En classe, il a souvent la tête tournée vers la fenêtre, son esprit l'a quitté, il gambade au-dehors dans les prairies vertes et fleuries, une raison pour qu'il aime la classe en plein air avec la maîtresse.
 Cet après-midi-là, après la sieste, l'œil vert à la pupille noire indiquant que le poste de T.S.F. est en fonction, des voix d'hommes, de femmes, il ne comprend pas tout, mais il rêve quand il entend certaines chansons, étoile des neiges par exemple ou encore le petit train dans la campagne, celles qui l'attirent le plus, "La fille de Londres", une autre dont il ne comprend pas pourquoi une certaine nostalgie l'habite, "Un gamin de Paris", il a l'impression que l'on parle de lui, lui un gamin de ce village!
  Puis c'est l'heure du dîner, silence à table, on écoute le poste, c'est sacré, le poste, un Dieu dans la maison,"La famille Duraton" ouvre la soirée, une fresque sonore avant les informations, alors là, c'est le silence absolu!
 Jean, il s'en moque de ces histoires de grands. Pourtant, il rêve d'exotisme quand la voix masculine évoque le Tonkin, l'Indochine, c'est loin l'Indochine, c'est comment là-bas?

 Les nouvelles ne sont pas belles, bonnes, une guerre, il ne comprend pas tout, mais des noms évocateurs le bercent dans son rêve, Saïgon, Hanoï, la plaine des jarres. Il s'envol se promène dans les rizières, les rues de ces villes, sur le fleuve Mékong, pourtant un lieu l'interpelle, comme il inquiète les adultes, Diên Biên Phu, un beau nom, mais angoissant!
 Il entend parler d'hommes inconnus, Cogny, de Castries, le général Giap, Ho Chi Minh! Qu’importe, il rêve toujours à ce monde lointain.
 Il joue avec des enfants de Hué, de Saïgon. Il ne perçoit pas le drame qui se déroule dans cette péninsule asiatique.

 Le temps passe, il entend parler d'un médecin qui opère dans des conditions difficiles, la boue, les bombardements, d'une femme aussi, Geneviève de Gaillard, infirmière qui réalisa des prouesses dans cette cuvette, surnommée "L'ange de Diên Biên Phu" par le corps expéditionnaire du camp retranché.
Ces souvenirs restent en mémoire du petit jean qui ne comprend pas le monde des grands et vit dans ses rêves.

 C'est loin le Tonkin et le petit train dans la campagne le transporte dans son monde imaginaire où un petit chien aboie dans une vitrine, un rat entre dans une chambre et renverse le pot à bière, retrouve le gamin de paris près d'un petit jet d'eau à Pigalle ou de passer sous les ponts de la capitale.

B.Cauvin © 26/05/2015