lundi 27 février 2017

Un jour d'ivers!...2

Bercy dans les années 60.

 Il n’est pas question de l’annuler. À cette époque-là, il n’y avait pas de téléphone mobile et le fixe était un produit de luxe qui ne trônait pas dans tous les appartements. Il y avait bien les cabines téléphoniques au coin des rues ou arrêt des bus, celles des bistrots aussi sans oublier les bureaux de poste. Dans ces conditions, il ne semble pas possible de décommander la rencontre.
Il faut marcher, entendre le crissement des pas dans la neige, éviter de glisser, il n’y a pas grand monde pour vous porter secours avec cette tempête de neige. Le visage fouetté par le vent et griffé par les flocons de neige. Tout un art d’équilibriste dans la ville.
  Un sourire arrive, entendre les grelots de chevaux tirant une troïka, c’est un tour que nous fait l’ambiance, l’humeur du moment qui envahit l’esprit. Le son des balalaïkas arrive dans les tympans, craindre un instant de folie, puis non, d’instinct lever la tête en direction de la musique ; un pan de fenêtre ouvert, un pré ado regarde la rue, se dit qu’il aimerait jouer avec les flocons, un regard émerveillé et mélancolique à la fois. La musique s’arrête, la fenêtre se referme.
 Continuer la marche ; prendre le métropolitain pour arriver au rendez-vous.
  Sortir de l’espace souterrain, de nouveau affronter les éléments. S’amuser du crissement des pas dans la neige, il est difficile de longer son chemin, la chaussée ne fait qu’une, plus de trottoirs, de voie pour les autos, elles ne passent plus depuis bien longtemps.

 Enfin, retrouver une forme de haie, de barrière avec les monticules des autos ensevelies sous la neige.

B.cauvin@26/02/2017

dimanche 26 février 2017

Un jour d'ivers!






Un jour d'ivers !

  Depuis la veille au soir il neige à gros flocons sur la ville. Elle n’est pas régulière, dans la nuit, elle marque de courtes poses, juste une respiration des nuées.
La ville, ce matin-là, se réveille sous une épaisse couche du manteau blanc. Sa vie est comme un silence étouffant.
Le décor est fantomatique. On devine, derrière le rideau voltigeur, les bâtisses, les arbres squelettiques et chargés de neige, les candélabres et d’étranges monticules alignés le long des trottoirs.
  Rares sont les véhicules qui s’aventurent dans ces artères. Une certaine ressemblance avec la mi-août où la ville dort dans son écrin d’été. Les rues pavoisées des lampions et des décors lumineux de Noël nous le rappel, ainsi que cette blancheur qui n’est pas celle du sable d’une plage en bord de mer.
 Toute la journée la ville vit au ralenti, comme une scène d’un film. Le décor a encore pris de l’embonpoint. L’impression de nuit arrive plus vite dans ces nuances grises blanches, un contraste lumineux avec le ciel plus sombre. Les lumières des feux tricolores deviennent des scintillements dans un sapin de Noël, il en est de même de l’alignement de l’éclairage public. Le tout couronné par les diadèmes multicolores suspendus au-dessus des artères ou accrochés aux branches des arbres ou des lampadaires.
 Marcher vers le rendez-vous.

À suivre...
B.Cauvin@26/02/2017

lundi 30 janvier 2017

Voyages!






  Voyages !
 Au début du mois de janvier, retour de Normandie, le paysage bourguignon dans sa parure d’argent éblouissait le regard des voyageurs. Les cristaux du givre créent un monde féerique, fantastique, un monde où l’on ne serait pas surpris d’apercevoir les elfes venir orner la nature de ce manteau cristallin.
  Le temps étire ses jours, ses nuits. En ville aussi, entre Rhône et Saône, le givre pare les toits, arbres, les véhicules de ce décor blanchi. La neige aussi se met de la partie, pas longtemps, il faut être matinal pour participer à ce spectacle.
  Le 16 janvier de cette année, le vent du nord, la bise, est mordant. Il fouette, lacère les visages, s’engouffre sous les robes, dans les pantalons, il faut faire le gros dos. Je l’ai perçu dans son chant dans les bouches d’aération de l’appartement, je dis chant, je devrais dire qu’il grognait, son ire résonnait très fortement.
 La nuit s’annonçait glaciale.
  Mardi, il fait encore nuit, la ville dort. 6 heures, marcher dans le froid, braver le vent, je prends le tram’, direction la gare de Perrache. On ne peut pas dire que c’est la bousculade dans le transport, deux, trois pèlerins en route vers le boulot.
 6 h 45 mn, le TGV s’ébranle pour la capitale. Il déroule son allure dans le long tunnel de la nuit.
  Les candélabres, des villages, d’un jaune orangé sont comme des étoiles au ras du sol.
 Au loin, les lueurs du lever du jour étalent des couleurs d’un dégradant montant, violine, orange, blanche, elles s’unissent à celle de la nuit dans un dégradé descendant, bleu nuit, bleu et bleu ciel.
 L’hiver a déposé sa signature, des tapis blancs jonchent le sol, recouvrent les jeunes pousses des céréales. Les squelettes des arbres ressemblent à des chandeliers en argent aux multiples branches.
  Le paysage était resté féerique, pas la même qu’au début du mois. Le pays des elfes s’ouvrait de nouveau au regard, il appelait au rêve, le souvenir d’enfance dans un village blanc au cœur de l’hiver.
 La capitale nous accueille, sa banlieue aussi. L’agitation d’une ville en plein travail. La traversé du bois de Vincennes me ramène bien des années en arrière, celle de l’enfance partant au pensionnat dans un bois sous la neige de l’hiver 1956, la Marne, la Seine charriant des icebergs si elles n’étaient pas bloquées par les glaces. Les années, plus tard, la fête du trône déplacé du cours de Vincennes à Paris, pour la pelouse de Reuilly, les promenades en barque sur le lac, mais aussi les dimanches avec la chienne et le chat, tenu en laisse. Plus tard avec les enfants, et aujourd’hui pour accompagner ma marraine dans sa dernière demeure, son long voyage vers l’ailleurs.
  Le retour, le chemin à l’envers, enfin presque, retrouver les mêmes paysages, ou presque, c’est le couchant et sur les contreforts du Morvan l’éclat orangé du soleil dépose ses feuilles d’or sur dame nature, les arbres reluisants de ce voile doré.
 L’imagination ne joue pas des tours, une jeune femme est aussi prise par l’émerveillement du paysage, elle l’immortalise sur son smartphone.
 Sans être étonné, simplement jouisseur d’instants dérobés de la beauté que nous présente le monde dans lequel nous passons.

B.Cauvin©17-23/01/2017


samedi 21 janvier 2017

Ombre de la vie!




L’esprit d’Hadès s’en vient souffler sur la forêt des hommes,
Porté par son compère Éole porteur des vents puissants, 
Les feuilles sur les branches frissonnent, 
Aux quatre saisons coupe le sang.

Au printemps, le jeune bourgeon éclos, 
S’arrache de sa source nourricière, porté par les flots, 
D’un vent capricieux,
Au bien-être peu soucieux.

L’arbre, plusieurs fois centenaire, gémit de ses blessures,
Les larmes de sève coulent sur les feuilles agonisantes, 
Dans son âme tout n’est que fêlure, 
Dans ses veines passent les gouttes de sang luisantes.

Hadès, par la bouche béante et hurlante d’Éole, chante sa joie, son royaume va s’enrichir d’être nouveaux. Il souffle dans les masures, il chante entre les lames d’acier des sculptures fièrement dressées, dans les arbres de vie auxquels sort bien des cris.
La jeune pousse, trop isolée, a été déracinée et s’est envolée  dans ce nuage elliptique dévastateur.
Serrons-nous les uns contre les autres, protégeons-nous, faire face à cet ennemi, certains tomberont fièrement.
L’arbre, bien dressé sur ses racines, sent le sol vibrer sous lui. “Pourtant, je ne fais pas partie de la race des arbres qui marche” se dit-il. 
Le combat est âpre, dur, les branches se cognent, s’entrechoquent, le sol tremble, les feuilles s’envolent, le vieil arbre lutte comme les autres, résiste aux assauts, des branches de sa cime se plient, des rameaux cèdent et vont choir sur le tapis de mousse, de feuilles ou du lierre rampant, les fougères s’écartent et les laissent ainsi faisant une haie d’honneur aux fiers combattants à leurs passages.
 Un grand fracas résonne dans la forêt, un arbre, dans la force de l’âge, s’écroule, Éole, de ses bras, l’a entortillé et il vacille, brisant des frères à son passage et il s’étend sur le sol.
 Le vieil arbre pleure ses membres perdus. Il sait, que de jeunes poussent feront leur apparition, mais dans ses veines, il sent bien la liquéfaction de ses artères.
Le calme revenu, il entend déjà le cri de la cognée venant faire son œuvre. Il le sait, le devine, il ne se plaint pas de son avenir, il faut laisser la place, il en est ainsi. Il ne peut se révolter, à moins qu’il ne demande à Éole de l’emporter avec lui loin de son terroir.
  Les hommes se lamentent de ce désastre, il les entend, ils sont comme lui en colère contre les éléments.
 Il les voit ramasser ses branches, celles des frères de la forêt aussi. Il entend les passe-partout scier les troncs couches sur le tapis de feuilles.
 Il frémit, tremble, sursaute, le premier coup de cognée vient de le frapper à sa base. Son sang suinte de l’écorce, de ses veines, l’entaille est bien faite, il sait qu’il n’est plus utile dans ce monde, il a beaucoup perdu en luttant contre les vents. Étêté il est vulnérable. Les gestes sont précis, bien saccadés, le vieil arbre vacille, un cri des bûcherons et il tombe de tout son poids sur le sol.
 Les hommes reviennent vers lui, l’admirent, lui font honneur, il fera de belles planches pour des meubles ou un parquet sur lequel des enfants joueront comme dans des temps lointains d’autres venaient jouer dans ses bras. 

B.Cauvin©15-20/01/2017

De passage sur se site, j'en profite pour vous souhaiter une bonne et merveilleuse année 2017



mardi 15 novembre 2016

La valse du temps




On dansait sur l’aiguille du temps,
Pas sur un tempo de valse ou autres danses,
Non, sur celle du temps passant,
Tic…Tac…Tic…Tac…
C’est aussi un tempo, me direz-vous,
Évidemment, mais ce n’est pas le même,
C’est celui qui nous mène par la main,
Chaque matin, tout au long du chemin,
Ce jour-là, il neigeait.
Il tombait, des nuées, de gros flocons bien gras,
Ils s’accrochent aux branches,
Elles résistèrent, lentement elles plient sous son poids,
Elles s’accrochent au fil de l’énergie et de la vie virtuelle,
Ces fils ont l’habitude d’y recevoir du poids,
Celui des oiseaux, mais la neige, ce n’est pas  identique.
Elle pèse au final, les fils commençaient à gémir sous la masse envahissante,
Il neige en abondance, les fiacres ou automobiles ont disparu,
Ce ne sont que des monticules le long des rues.
De rares passants s’aventurent,
Le crissement des pas est étouffé par la lourdeur du ciel.
Une impression de silence règne dans la ville,
Dans les campagnes, c’est encore pire,
Seule la plainte du vent dans les arbres trouble la pesanteur du moment.
On dansait sur l’aiguille du temps.
On dansait parmi les lourds flocons de neige,
On dansait, mais nul ne se voyait,
On dansait sur l’aiguille du temps.
Passant de seconde en seconde,
Passant de minute à l’heure,
Passant, les jours, les nuits,
Comme cette neige qui danse, elle aussi,
S’amoncelant de plus en plus,
Sablier céleste qui s’écoule,
On dansait sur l’aiguille du temps.

Bip…Bip… Bip… Bip…
Putain de réveil, quand est-ce qu’il va s’arrêter ?
Il fait encore nuit, le jour va bientôt paraître,
Des rays s’étirent sur le plafond,
Petits,  longs, ils s’étalent sur le toit de la chambre,
Le réveil a fini par se taire,
Les rays s’effacent,
Laissant la place à des couleurs lumineuses et qui clignotent,
C’est la guirlande de Noël avant l’heure sur le plafond.
Oh ! mais ce n’était pas un réveil !
En plus, les voisins ne sont plus là
Je ne risquais pas de l’entendre.
Une camionnette récupère les monstres,
Il pleut et les hommes ramassent les meubles,
Déposés dans la précédente nuit,
Beaucoup de questions !
L’imaginaire va bon train pour cet amoncellement de mobilier,
Rupture d’un couple, d’un bail,
Déménagement à la cloche de bois,
Peu importe,
C’est une vision de tristesse, d’abandon !
Larguer ses meubles comme on jette l’éponge,
Fin du round,
On n’ira pas jusqu’au bout de l’histoire.

On dansait sur l’aiguille du temps.
Le rideau sur la scène n’est pas levé,
Le brigadier avait frappé l’annonce, tonné les trois coups,
Mais l’artiste ne se montrait pas,
Le trac, peut-être, comment lui en vouloir,
Pourtant elle a l’habitude de s’exposer,
D’être vu à nu a là une du soir,
Peut-être, dans sa loge ne s’était-elle pas assez fardée !
Où bien, est-ce les machinistes qui font grève,
Rien, pas le moindre bout de miroir de Colombine,
Pierrot, lunaire terrien, en était empli de chagrin,
Il se disait « un miracle, un petit miracle pour te voir »,
Le rideau se déchira, alors qu’il ne s’y attendait plus,
Il put l’admirer, un peu,
Et le rideau se referma.
Pierrot, le baume au cœur, alla rêver sur le sofa de gazons,
Au matin, quelques oiseaux lui susurraient des mots à l’oreille,
Il ouvrit grand ses yeux ébahis,
Le ciel bleu dans sa pâleur matinale,
Donnait à Colombine son plus beau visage,
D’abord, il crut à un mirage,
Elle était là, souriante,
Il tendit la main,
La bouche béante,
Elle suivit son chemin,
Il se retourna,
L’astre de feux le réchauffa.
B.Cauvin©15/11/2016


 
Le 15 novembre au matin (7h45) lyon














samedi 5 novembre 2016

Demain-- 2 et fin

 
Merci à l'auteur-e de cette image.

  Sur les grands axes sortant de la ville, de longues files de véhicules, de familles à pied, s’évertuaient à avancer dans un étrange silence et avec un semblant de discipline. Les routes secondaires aussi étaient bondées d’un monde fuyant quelque chose qu’il ne connaissait pas. On leur avait dit qu’il fallait partir, alors ce monde part.
 Le cœur de la métropole était vide de toutes âmes vivantes. Les axes conduisant vers l’océan étaient barricadés. Barrage pour empêcher toutes les tentatives de partir en cette direction, barrage qui ne résistera pas à l’assaut de la mer.
 Petit à petit, les quartiers ressemblaient à des villes mortes, seule la poussière volait dans les rues, avenues. Les arbres oscillaient sous la force du vent, les feuilles s’arrachaient des branches et rejoignaient la horde humaine fuyant cet univers. Même les chats errants, pigeons, rats et autres rongeurs avaient déserté la ville.
 Les engins volants survolaient la métropole, les sirènes  continuaient de hurler l’appel à évacuer, elles résonnaient dans les rues qui se vidaient, bientôt elles cesseront leur alarme et les véhicules fermeront la horde sur les routes.

Alors que les villageois avaient gagné les sentes de la montagne. Thomas et sa famille arrivaient sur une corniche, deuxième halte, il faut reprendre son souffle. Il saisit ses jumelles et scrute la progression de la vague, son coeur se serre, elle vient d’envahir son promontoire, de faire disparaître la ferme, se dirige avec toujours la même rage sur le village, elle est suivie de la deuxième encore plus violente.
  Elle heurte le pied de la montagne. Elle est déviée par cette falaise imprenable et se dirige dans toute son étendue vers la ville en contrebas, cela accentue l’effet de vitesse de la vague. Petit à petit l’océan prend sa place, dépose sa vie, amène aussi la mort, la désolation sur son passage. Thomas peut voir des bateaux, des camions, des véhicules, roulés, ballotés comme des dés que l’on lance sur le tapis de jeu.
 Mais où va s’arrêter ce désastre, ce dit Thomas.
– Sans doute que la ville en fera un cimetière, dit Hélène, la femme de Thomas, qui semblait avoir entendu le son de sa voix.
– À cela, il va s’ajouter une guerre, j’ai entendu le président de l’Europe Unie l’annoncer ce matin, espérons que les discussions éviteront cette catastrophe supplémentaire.
 La vague, les vagues dans leurs ruées, ont tout noyé dans leur passage, la ville ne résiste pas à l’assaut. Seuls les sommets des grattes ciel émergeront de l’onde, l’océan est chez lui, exposant une nouvelle vision de la côte. Les bâtiments les plus faibles se sont écroulés sous les assauts, les murs de verre ont explosé, laissant des trous béant où passent les vagues de l’océan. Encore un peu de vigueur et la furie se calme, l’océan ayant trouvé un nouvel espace.
  Thomas et sa famille arrivent sur le plateau, une pose pour la nuit, ils seront rejoints par les villageois, demain, il faudra franchir les cimes pour émigrer dans le pays voisin.
 Ceux de la ville, ceux qui ont été épargnés franchiront aussi les cimes vers une terre d’accueil.
 B.Cauvin@03/11/2016



  

vendredi 4 novembre 2016

Demain-- 1

 
Merci à l'auteur-e de l'image.

            
Le loup cessa de hurler, la lune se cachait dans l’épaisseur des nuages qui s’amoncelait dans l’éther de la nuit.
  Les villageois, que les hurlements empêchaient de trouver le sommeil, se disaient « enfin, le repos, mais qu’est-ce qu’il a hurlé comme cela »
  Un peu avant entre chien et loup, Thomas l’agriculteur se leva, il alluma, en effleurant le mur de sa main, l’écran géant. Le président de l’Europe Unie parlait. Thomas resta un instant muet, ce n’est pas dans la norme que le président parle de bon matin. En principe, il parle le soir ou parfois en journée devant des journalistes, mais là, en directe, hum ! que ce passe-t-il ?
Les propos devenaient clairs dans la tête de l’agriculteur, ils n’étaient pas rassurants, des bruits de bottes, l’ombre d’un conflit majeur était imminente.
 Azur, le chien berger se lève, s’étire, se frotte à son patron. La main de thomas se veut rassurante en caressant son dos, son échine, sa tête.
 Mais Azur se trouve inquiet, quelque chose l’agite. Ce ne sont pas les propos du président, amis bien autre chose qui l’agite, il est nerveux.
 Thomas, un verre de café dans une main, ouvre la porte de l’autre, azur sort avec lui et garde son air agité, thomas scrute l’horizon depuis son promontoire, la clarté du jour brille sur l’océan.
 Le spectacle de l’océan lui glace le dos, thomas semble pétrifié.
 Plus loin, dans l’agglomération, la ville métropole, des sirènes inhabituelles rugissent dans les artères. Les haut-parleurs crachent l’invitation aux habitants de quitter la ville au plus vite et sans panique. Dans les appartements, les lumières brillent, les gens s’affairent, prennent le strict minimum, les papiers les plus importants, coupent les arrivées de gaz, les compteurs électriques et sortent dans les rues, prennent la direction qui leur est indiquée.
Gagner des hauteurs au plus vite.
 Thomas se précipite dans la ferme, réveil sa femme et les enfants. Il faut s’habiller au plus vite. Il faut confectionner un balluchon avec des draps et couvertures, quelques effets, ne pas s’encombrer de choses inutiles et fuir.
 Thomas, pendant ce temps, libère les ovins, les bovins, les porcs, il ouvre le poulailler, les palmipèdes, et autres volailles n’en demandent pas tant, tous les animaux sont nerveux, et s’affolent dans leur liberté. Thomas, garde deux chevaux, sur lesquels il installera ses enfants et les balluchons, une vache et une truie décident de suivre la famille.
 Ce convoi hétéroclite quitte la ferme en direction de la montagne. En traversant le village, Thomas et sa femme alertent les habitants du village du danger qui arrive sur eux.
   Sitôt dit, les gens évacuent le village en suivant peu après les traces de la famille de Thomas. Dans la plaine, des troupeaux d’animaux vont en tous sens et finissent par suivre une route qui les éloigne du danger.
 C’est à cet instant, thomas comprit le sens des hurlements du loup dans la nuit, il appelait sa meute pour échapper au désastre.
  Ils ont bon tendre l’oreille, plus de chants des oiseaux, ils sont loin.
 L’océan, la vague, dix fois, vingt fois plus haute que d’accoutumée avance inexorablement vers cette terre. L’abri de la  montagne est encore à une heure de marche, il ne faut pas perdre de temps. La vague avance suivit d’autres encore plus hautes.
 Ce petit groupe arrive au pied de la montagne, commence son ascension par des sentes de muletiers. En se retournant, il voit la fuite du village, au loin, dans la plaine, d’autres fuyards en véhicule allant vers la ville.  Les animaux ont choisi le chemin des hauteurs, pas le même que celui des hommes, mais ils ont l’instinct de survit.
 Déjà un bon dénivelé de fait, la pause, il faut y penser, Thomas, ayant emporté ses jumelles, scrute l’horizon, l’océan arrive sûr des îles qu’il connaît bien. Comme une bouche d’ogre, l’océan les avale, les englouties, ses pensées se tournent vers les âmes qui en habitaient certaines, il les connaissait bien.
 Les enfants, plus ou moins endormis, ne comprenaient ce qui se passait derrière eux.
 Pourquoi ne nous a-t-on pas prévenus, pensait Thomas.
– Tout est fini, dit Thomas à sa femme, nous ne verrons plus le pays, nous ne le verrons plus. Les yeux humides, serrant les dents, nous ne verrons plus la maison des anciens, nos terres, qu’allons-nous devenir et surtout les enfants.
 Sa femme ne répondait pas, elle pleurait en silence.
– Il faut nous ressaisir, dit Thomas, pourtant dans le désarroi.
– La terre se venge de nos anciens du début du siècle, manquant à leur devoir d’hospitalité. Dit sa femme en reniflant sa peine.
– Peut-être as-tu raison, pourtant tout le monde ne rejetait pas les migrants, tu en es la preuve.
 Le silence reprit et la marche aussi. Il fallait aller encore plus haut.

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